Dans la bataille familiale pour décider quelles applications les ados ont le droit d’installer sur leur smartphone, certaines bénéficient d’une étrange indulgence parentale. Celles directement en lien avec la scolarité bien sûr, type Pronote, mais aussi souvent Strava, l’appli qui quantifie les efforts sportifs. Sur les forums de la plateforme Reddit, on trouve même des parents pour se demander quelles solutions permettraient à leur jeune athlète de 7 ou 9 ans d’utiliser Strava, parce que, « plus tard, il sera content de voir ses progrès » (il faut avoir 13 ans pour pouvoir ouvrir un compte). Et pourtant, après chaque « nouveau record personnel », certains parents hésitent entre le pouce levé et le rendez-vous chez le kiné.
C’est arrivé près de chez nous
En apparence, l’utilisation de Strava par des ados ressemble au vieux rêve parental : des jeunes dehors, qui courent, font du vélo et se couchent tôt avant une compétition. Il faut parfois un peu de temps aux parents pour comprendre que l’application fonctionne également comme un réseau social compétitif, où on partage ses statistiques, dénivelés et segments chronométrés.
Cap’ de courir un marathon ? De pédaler 100 kilomètres cet après-midi ? A l’âge des défis entre copains et des records, Strava agit comme un huissier numérique qu’on trimballe avec soi et qui authentifie tout. LAURENCE MOUTON/ZENSHUI / PHOTONONSTOPAvec ses likes rebaptisés « kudos », ses photos de soi et ses performances mises en scène (certains masquent les sorties jugées trop ordinaires), Strava, créée en 2009, a le même âge que ses utilisateurs adolescents. Et elle s’appuie sur les mêmes ressorts que les autres réseaux sociaux, ceux justement accusés d’abîmer les ados. Mais n’est-ce pas acceptable si ça les fait troquer le scroll contre le sprint ? Pas étonnant que l’appli communique sur l’idée que, « pour chaque 2 minutes passée sur l’application, l’abonné Strava passe 60 minutes à faire du sport ».
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