Epouse de Jacques Chirac, mais surtout femme de caractère, Bernadette Chirac invoquait volontiers cette parole biblique : « Nul ne sait ni le jour ni l’heure. » Elle semblait ainsi confier le fil de son existence au Créateur, auquel elle croyait. Cet abandon au divin n’excluait pas le désir de régler elle-même l’horloge de sa disparition, en souhaitant parfois « partir la première ». La mort de Jacques Chirac, le 26 septembre 2019, près de sept ans avant elle, ne lui a pas laissé le choix. Mais cette référence ultime à l’homme dont elle a partagé la vie dit déjà, un peu, ce que fut la sienne.
Morte à l’âge de 93 ans dans la soirée du vendredi 5 juin, « paisiblement, entourée des siens », selon une déclaration de sa fille, Claude Chirac, à l’Agence France-Presse, Bernadette Chodron de Courcel a eu un véritable destin, qu’elle n’a cessé de construire. Le philosophe catholique Jean Guitton, de ses amis, la voyait comme la dernière reine de France. Et il est vrai qu’elle en avait l’allure, protégée par cet air un peu hautain qu’elle forçait les jours de mauvaise humeur, le front haut et bombé, le nez bourbon, sa bouche mince laissant tomber sur quelque courtisan éberlué le couperet de sa défaveur. « Ah, monsieur, vous êtes quelqu’un d’important. Que suis-je à côté de vous ? Une petite blatte de plancher… »
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