Ouverte en mai, la saison des cérémonies de remise de diplômes est l’occasion d’inviter des personnalités à venir prononcer sur les campus des discours inspirants pour les étudiants. Les responsables de l’université de l’Arizona doivent se mordre les doigts d’avoir confié cette mission à Eric Schmidt, ex-PDG de Google [de 2001 à 2011]. A peine a-t-il prédit que « l’intelligence artificielle [toucherait] chaque profession, chaque personne, chaque relation », que les étudiants se sont mis à le huer. Il est tombé des nues.

Son étonnement en dit long sur le fossé qui sépare les leaders de la tech de la société, et sur les lignes de fracture croissantes qui se forment autour de l’intelligence artificielle (IA). Mais d’où vient ce malaise des étudiants ?

Premièrement, les jeunes générations, qui voient l’IA ravager le marché du travail, sont contraintes de se battre de plus en plus âprement pour des emplois de plus en plus rares. De leur côté, les employeurs peinent à définir des demandes claires, ce qui ajoute encore au stress d’une recherche d’emploi ayant déjà tout d’un parcours du combattant. Il y a quelques semaines, des étudiants qui me demandaient conseil s’interrogeaient : « Notre métier existera-t-il encore dans six ou douze mois ? » Après s’être investis pendant des années dans leurs études, ils arrivent sur un marché du travail chaotique et incertain.

Deuxièmement, l’IA ne fait pas que détruire les emplois, elle complique aussi l’accès aux emplois qui subsistent. Concrètement, les candidats ne se trouvent plus face à des humains, mais face à des systèmes de recrutement informatiques opaques qui reposent sur l’IA. Nul besoin d’être psychologue du travail pour comprendre que lorsque le premier échange avec un potentiel employeur se réduit à une interaction avec une machine et que le candidat n’a aucune possibilité de faire preuve directement de ses talents et de sa motivation, la colère et le ressentiment ne sont pas loin.

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