La perception des « revenantes », ces femmes ayant rejoint l’organisation Etat islamique (EI) avant de rentrer en France, n’a pas toujours été la même pour la justice. Jusqu’en 2016, elles n’étaient pas jugées. Il a fallu attendre les premiers projets d’attentats portés par des femmes pour que la politique pénale change, et elles sont aujourd’hui systématiquement renvoyées devant les assises.
Lire aussi (2023) : Article réservé à nos abonnés Comment juger les « revenantes » de l’Etat islamique ? La justice antiterroriste aux prises avec les stéréotypes de genreMais l’appréhension de leur dangerosité n’a pas seulement évolué dans le temps, elle varie aussi du tout au tout selon les dossiers : sur les 28 « revenantes » jugées aux assises depuis 2018, les peines prononcées s’échelonnent de cinq ans de prison à dix-sept ans de réclusion criminelle. A la différence des hommes, les femmes parties en Syrie n’ont, pour la plupart, ni porté les armes ni commis d’exactions. L’évaluation du risque qu’elles représentent pour la société dépend davantage de leur profil psychologique, de leur imprégnation idéologique, de la durée de leur séjour, de leurs activités en Syrie ou encore de leur évolution depuis leur retour en France.
Emilie K., 33 ans, ancien grand espoir du football de sa région, partie en Syrie à l’âge de 21 ans par « amour » pour l’homme de sa vie, est, à n’en pas douter, l’un des profils les moins inquiétants qu’ait eu à juger la cour d’assises spéciale de Paris depuis six ans. Elle a été condamnée, jeudi 7 mai, à cinq ans de prison, dont dix-huit mois avec sursis. La jeune femme ayant déjà passé quatorze mois en détention provisoire, puis un an sous bracelet électronique, elle ne retournera pas en détention et effectuera les quinze mois de prison ferme restants de nouveau sous bracelet.
Terrifiée à l’idée d’être abandonnée
Le fait est suffisamment rare pour être souligné, l’enjeu de ce délibéré était partagé par l’accusation et la défense : Emilie K., qui, de l’avis de tous, n’est pas radicalisée, et qui a entamé depuis sa sortie de prison une carrière irréprochable de manager au sein d’une chaîne de restauration rapide, ne devait pas retourner en prison. « La peine a pour fonction de punir et de favoriser l’amendement de l’accusée, a rappelé dans son réquisitoire, jeudi, la représentante du Parquet national antiterroriste. La réinsertion d’Emilie K. est en cours d’acquisition. Une réincarcération serait contre-productive pour elle, mais aussi pour la société que je représente. »
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