De moins en moins d’hirondelles et de mésanges, mais certaines espèces de gros oiseaux prospèrent : la Ligue pour la protection des oiseaux (LPO) tire un bilan contrasté des cinquante dernières années en France. Selon son premier « baromètre de l’avifaune », publié vendredi 5 juin, qui s’appuie en grande partie sur des observations participatives, les populations d’oiseaux communs ont chuté de 18,2 % en vingt-cinq ans en France.
« Les populations d’oiseaux se sont effondrées », a regretté le président de la LPO, Allain Bougrain-Dubourg, sur France inter, précisant que « ce sont les passereaux qui sont le plus affectés ». Ces petits oiseaux (hirondelles, mésanges, alouettes), qui représentent la moitié des 314 espèces nicheuses en France et 90 % du nombre total, « poursuivent leur chute ».
« Les causes sont connues », a fait valoir M. Bougrain-Dubourg : leur disparition provient « avant tout d’une agriculture intensive avec son cortège chimique ». « Il n’y a plus d’insectes avec les pesticides » et « c’est un paysage uniforme qui s’est dessiné », avec la disparition par exemple des haies ou des mares, a-t-il expliqué.
Lire aussi | Article réservé à nos abonnés Quel est l’impact de cet épisode de chaleur précoce pour la faune et la flore ?Toutefois, s’il y a de moins en moins d’oiseaux, « les espèces se sont diversifiées », constate M. Bougrain-Dubourg. En cinquante ans, la France a en effet perdu « quatre espèces nicheuses », comme la sterne arctique ou le grèbe jougris, mais a gagné 45 espèces. « La moitié de ces nouvelles venues sont des espèces introduites comme la bernache du Canada ou encore la perruche à collier », observe la LPO pour nuancer ce solde qui « semble positif ».
Efforts de protection
La LPO souligne aussi que quelques espèces de gros oiseaux comme les cigognes blanches ou des rapaces, parfois proches de la disparition, ont pu prospérer grâce à des efforts de protection. « La cigogne blanche, dans les années 1970, il en restait moins de 10 couples, aujourd’hui vous avez plus de 6 000 couples », précise son président.
L’association de défense de l’environnement estime ainsi dans son rapport qu’il existe une « fracture française » entre « deux France ornithologiques ».
Une étude publiée en 2023 par des chercheurs européens, sur la base d’une masse inédite de données, avait conclu que l’intensification de l’agriculture était la principale cause d’un spectaculaire déclin des oiseaux en Europe, qui sont quelque 20 millions à disparaître en moyenne chaque année. Soit 800 millions d’oiseaux en moins depuis 1980.
« La loi d’urgence agricole, adoptée par l’Assemblée nationale le 2 juin dernier, s’apprête à faciliter la destruction définitive des zones humides, à libéraliser les tirs sur le loup », regrette la LPO. « Sous couvert de simplification, on démantèle progressivement ce qui a mis cinquante ans à se construire », alerte-t-elle.
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