Dans la grande décomposition-recomposition de l’ordre mondial en cours, deux événements de ce début mai, loin du détroit d’Ormuz mais pas totalement étrangers à sa dynamique, marquent une étape potentiellement décisive. Samedi 9 mai, à Moscou, le traditionnel défilé de la victoire sur l’Allemagne nazie doit se dérouler, exceptionnellement, sans matériel militaire au sol. Et lundi 4 mai, à Erevan, le Canada et l’Arménie se sont invités dans l’orbite européenne.

La rétrogradation de la parade de la « Grande Guerre patriotique » (nom donné à la seconde guerre mondiale par les Russes) sur la place Rouge en défilé light est hautement symbolique. Elle trahit les difficultés de l’armée russe dans la guerre qu’elle livre à l’Ukraine et illustre le niveau de résistance des forces ukrainiennes, aujourd’hui capables de riposter à l’agression de la Russie jusque dans sa capitale, Moscou. Lundi, un drone a percé les défenses anti-aériennes russes et détruit deux étages d’un gratte-ciel moscovite – sans faire de victimes. Dans les esprits russes, très échauffés par les coupures d’Internet imposées par le pouvoir, l’humeur n’est pas spécialement à la fête.

Personne n’oserait parler d’un tournant dans cette guerre à haute intensité de plus de quatre ans, mais le moral à Kiev est nettement remonté à la sortie d’un hiver éprouvant pour les Ukrainiens, privés de chauffage et d’électricité par les bombardements. Non seulement ils ont tenu, non seulement leur armée résiste, mais elle fait même légèrement reculer l’envahisseur, bloqué sur le front par une kill zone (« zone létale ») où drones et robots infligent aux forces russes, selon les estimations occidentales, de 30 000 à 35 000 pertes par mois – tués et blessés. Autre motif de soulagement pour Kiev, la chute de Viktor Orban, en Hongrie, lors des élections législatives du 12 avril, a permis de débloquer un prêt européen de 90 milliards d’euros très attendu, dont 60 milliards iront à la défense.

Il vous reste 68.21% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.