Bien qu’elle occupe une place importante dans le débat public, la démocratie sociale n’a pas de définition stabilisée : tantôt elle désigne le domaine des échanges institutionnalisés entre acteurs sociaux dans la négociation collective et la protection sociale, tantôt elle renvoie à un fondement du régime politique décrit par l’article premier de la Constitution, qui établit que la France est une « République indivisible, laïque, démocratique et sociale ». Dans ce sens, le fondement social du politique constitue la condition et la garantie du caractère démocratique de la République.

Le débat n’est pas neuf. Considérant comme anormal que le citoyen ne le soit plus dès qu’il franchit les portes de son lieu de travail, certains principes de la démocratie politique ont été introduits dans les relations de travail. Actif dès 1848, le débat trouve de premières traductions pendant la guerre de 1914-1918 dans les usines d’armement, puis en 1936 avec l’élection de délégués du personnel, la mise en place de la Sécurité sociale en 1945 puis les conventions collectives en 1950. La démocratie sociale n’est cependant en rien une sphère autonome, elle n’est « sociale » que parce qu’elle est enchâssée dans la démocratie tout court, parce qu’elle s’inscrit dans un cadre sociopolitique régi par quelques règles simples comme la liberté de penser et de s’organiser, de publier et de manifester.

Comme l’indique le titre de leur livre paru en janvier (Calmann-Lévy, 220 pages, 19,50 euros), l’économiste Gilbert Cette, le sociologue Guy Groux et le directeur de la revue Telos, Richard Robert, proposent justement de « sauver la démocratie sociale ». Or le premier étonnement à la lecture vient d’un délaissement complet du contexte économique et social, qui donne prise au reproche d’une analyse hors-sol. Si la démocratie sociale va mal, peut-on sérieusement ignorer l’influence du chômage toujours présent, une précarité de l’emploi en fort développement, des conditions de vie qui se dégradent, le sentiment d’abandon dans les territoires, les services publics qui laissent en souffrance usagers et agents, l’accroissement des inégalités ? Et, surtout, les conditions d’accomplissement du travail devenu pathogènes pour une bonne partie des salariés ?

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